HAWA FM

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Katia Kameli

La traductrice de l'Histoire
Par

Charlotte Lafay

Katia Kameli est une artiste et réalisatrice franco-algérienne diplômée des Beaux-Arts de Bourges. Une partie de son travail à travers notamment la photographie, la vidéo et l’installation concerne la question du souvenir et l’artiste réaffirme son identité par la subjectivité historique des témoignages, de la nostalgie, du déracinement. Au moyen de différentes références tantôt photographiques, spatiales, architecturales, musicales elle se réapproprie les codes collectifs de l’algérianité, ainsi que son patrimoine afin de rendre justice à sa mémoire, à son histoire. Ses références sont multiples elles appartiennent souvent à la culture populaire algérienne préservée par les diasporas comme le raï et la photographie.

Ya rahi est une œuvre vidéo de 18 min 50 réalisée en 2017, « c’est mon destin » en français retrace le chemin d’un jeune algérien de Oran au quartier de Barbès à Paris sur fond de musique raï. L’artiste a procédé à un montage afin de superposer les images des chanteurs et chanteuses de raï – comme Cheikha Rimitti, Cheb Hasni et bien d’autres – sur les bâtiments. Elle joint ainsi l’espace urbain aux sonorités musicales et aux images nostalgiques des artistes raï. Katia Kameli réalise alors la psychogéographie d’un homme empreint de nostalgie. Il dérive dans les différents espaces urbains, passe d’une ambiance à une autre entre Oran et Paris entrecoupé de plan panoramique de cet homme regardant la mer. Une partie de la vidéo est accompagnée de commentaires en voix off, l’homme suivi par Katia Kameli raconte en effet son histoire avec le raï remuant alors les souvenirs du passé et créant les liens d’un temps révolu au présent empreint d’exil et de sentiment de déracinement. Les rapports spatio-temporels se retrouvent suspendu le temps d’une cassette. La musique catalyse les souvenirs et tous les enjeux du déracinement. Elle tente par la corrélation entre son et image de «  rendre audible ce qui socialement se murmure ».

Katia Kameli a recours à un ensemble d’éléments pour inscrire son travail dans une algérianité. Elle se place en « traductrice » dans son travail de transmission et rend compte des expériences et des récits en ouvrant la voie à de multiples singularités. Katia Kameli procède à une réécriture des récits et complexifie l’histoire de l’exil et rend compte de ses enjeux sensibles dans Ya rahi. Elle participe à la construction d’une identité alternative, projetée vers le futur tout en prenant en compte les considérations et les enjeux identitaires et historiques. Il s’agit pour Katia Kameli de constituer une identité bricolée, alternative entre nostalgie et espoir d’un avenir meilleur. Ainsi, la question de la mémoire ou plus globalement de l’Histoire est centrale dans son travail. Non pas dans une volonté de refaire le passé ou de le réécrire mais plutôt dans une aspiration à complexifier les récits et épaissir les l’histoire de l’Algérie, de l’immigration et de ses diasporas.