HAWA FM

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Hicham Berrada

L'expérience comme paysage
Par

Alexis Loisel-Montambaux

Hicham Berrada est un artiste franco-marocain, né en 1986 à Casablanca. Il travaille avec l’installation, la vidéo et la sculpture. Les matériaux qu’il utilise vont du bronze calciné, au chlorure de cobalt, aux cestrum nocturnum… Ses expérimentations ne sont pas seulement artistiques, mais aussi scientifiques : entre physique, chimie et biologie.

Dans son installation Mesk-ellil, 2015, « musc de la nuit » en arabe ou « jasmin de nuit » en français, Hicham Berrada s’intéresse au cycle de vie cette fleur, qui a la particularité de s’ouvrir après le coucher du soleil. L’installation plonge le visiteur dans une pénombre violacée au parfum vanillé, dans un dédale de terrariums remplis de ces fleurs odorantes. Hicham Berrada permet au visiteur d’observer ce phénomène alors même qu’il fait jour dehors. Ainsi, l’artiste a plongé les plantes dans la quasi-obscurité pendant les horaires d’ouverture de l’exposition, et les éclairent la nuit comme en plein jour. En inversant le cycle lumineux, il nous fait vivre l’expérience de la floraison, comme si on se trouvait au clair de lune dans un jardin au Maghreb.

Avec sa série Présage, 2007-en cours, Hicham Berrada met encore une fois la science au service de l’expérience sensible. Son œuvre est triple : c’est à la fois une performance, une œuvre vidéo et une installation. 

L’artiste performe en public en mélangeant des éléments chimiques dans un bocal. Il adapte des protocoles scientifiques pour transformer la matière en un ensemble de réactions chimiques. Si ces réactions semblent maîtrisées par l’artiste, il subsiste en réalité une grande part d’aléatoire dans l’œuvre finale : la taille des filaments, les formes, la composition varient d’une fois à l’autre. Ainsi, en quelques minutes, un nouveau paysage aquatique est né.

Les images du récipient filmé en gros plan donnent lieu à une œuvre vidéo. Cette vidéo n’est pas post-produite, ni retouchée, ni montée. C’est un seul plan séquence qui documente les réactions chimiques. La vidéo est projetée en grand format immersif, voire en 360°. Les échelles sont brouillées, on ne sait plus si on est face à un paysage gigantesque ou à des réactions microscopiques. La main de l’artiste n’est jamais visible à l’écran, ce qui renforce l’impression d’une monde mutant qui s’auto-génère. 

Enfin, le bocal rétro-éclairé est exposé comme une installation aquatique en constante évolution, alors même qu’elle ne comporte aucune vie. 

Dans Les augures mathématiques, 2019, des sculptures en alliage de bronze, d’argent, de laiton et d’étain sont immergées dans des aquariums remplis d’une solution qui accélère leur processus de dégradation par corrosion, la rendant visible à l’oeil nu.

La démarche artistique d’Hicham Berrada questionne l’indépendance de l’œuvre par rapport à son auteur, puisqu’elle inclut une grande part d’aléatoire et que certaines œuvres sont en constante mutation. Ses œuvres jouent avec le passage du temps, en l’inversant ou en l’accélérant. En observant ces mini univers encapsulés, on s’interroge aussi sur les effets de l’activité humaine sur l’environnement, sur notre constante volonté d’expérimenter, de prévoir, de contrôler. 

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