HAWA FM

HAWA FM

Halida Boughriet

Les corps pour la communauté
Par

Charlotte Lafay

Halida Boughriet est une artiste photographe vidéaste et performeuse franco-algérienne. Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris elle accorde une place centrale à la performance des corps et à leur mise en espace. Elle tente à travers bon nombres de ses travaux de rendre compte de son regard porté sur l’histoire de l’Algérie et les rapports intergénérationnels.

Halida Boughriet travaille particulièrement sur les contacts, les liens physiques entre les individus et la puissance des rapports humains notamment dans la constitution d’une communauté. Elle offre de plus, par son travail un certain regard sur les masculinités et les féminités racisées et tente de développer une réflexion autour des genres.

Dans Algerian, une série photo de 2009 tirée en format carte postale dans le cadre de l’exposition 50 ans de réflexion de l’Institut de culture de l’islam, Halida Boughriet a saisi des instants de joie après les qualifications de l’Algérie pour la Coupe du Monde 2010 contre l’Égypte. Il s’agit d’une de ses œuvres les moins discutées et analysées malheureusement. En effet, son regard porté sur l’unité autour du drapeau amène une manière d’être algérien de manière positive, se défaisant ainsi des discours diabolisant et exotisant des médias occidentaux.

Elle trouve le moyen à travers la retouche de la colorimétrie de ses photos d’utiliser le drapeau algérien comme lien entre les personnages. L’artiste a d’ailleurs capturé des moments de complicité entre de jeunes hommes voire des adolescents réunis autour de la passion du foot et de l’unité algérienne retrouvée autour du drapeau. En effet, « ça faisait très longtemps que le drapeau n’était pas sorti c’était explosif dans les villes » témoigne l’artiste. L’action photographique de Halida Boughriet ainsi que son intervention plastique en post production marque l’acte de réappropriation de l’identité algérienne par le drapeau, par la fusion d’une communauté mais aussi par la rue. L’artiste disait d’ailleurs « ma scène est la ville. »1 Halida Boughriet saisi cette réappropriation de l’espace urbain, probablement d’Alger l’espace d’un instant de joie intense de toute une génération de jeunes algériens qui, par la victoire de l’équipe de football scellent l’unité communautaire.

Le travail plus globalement de Halida Boughriet s’inscrit dans toute une génération de jeunes artistes issu.es des diasporas nord-africaines françaises qui tentent de sceller les communautés autour de références culturelles et identitaires communes. Tout en complexifiant le discours, les identités et en participant à la construction non plus d’une identité maghrébine et d’une histoire de l’immigration mais, des identités maghrébines et des histoires des immigrations, Halida Boughriet amène un regard et une expérience particulièrement intime et singulière sur toutes les générations qui composent les communautés racisées

1. Boughriet, Halida. « « Corps de masse ». Halida Boughriet », Ligeia, n° 2, 2014, p. 191-194