Kader Attia

Explorer les traumatismes collectifs ainsi que leurs impacts psychologiques sur les individus, mettre en lumière ce qui est enfoui dans la mémoire, caché, ou négligé par la société, affirmer une vision politique du monde : voici le projet artistique de Kader Attia. La recherche formelle sur la réparation du corps et des objets est le fil conducteur de son œuvre. 

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Pour Kader Attia, 2016 aura été une année marquée par une forte implication dans la vie culturelle française. Lauréat du Prix Marcel Duchamp, décerné à la FIAC de Paris en octobre dernier pour son installation-vidéo Réfléchir la mémoire, l’artiste franco-algérien signe en parallèle un documentaire-essai pédagogique présenté au Centre Pompidou jusqu’au 30 janvier 2017. Quasi simultanément, il ouvre un établissement culturel judicieusement nommé « La Colonie » (barré), voué à l’échange et au questionnement de la diversité. Cet établissement se  situe au carrefour de la théorie et de la production artistique,  toujours en écho avec cette idée de recherche autour du fait postcolonial, présente une culture contemporaine en train de se faire.

A l’image de son œuvre, cet établissement hybride et pluridisciplinaire situé dans le 10ème arrondissement de Paris, non loin de la Gare du nord, se veut devenir lieu de référence pour le dialogue et la jeunesse. Réfléchir et créer tout en conservant cet esprit populaire et ouvert, voici la mission de « La colonie ».

Né à Dugny en Seine-Saint-Denis puis ayant grandi à Sarcelles et Garges-les-Gonesses, Kader Attia a navigué entre  plusieurs mondes. De Paris il se retrouve à Barcelone où il effectue sa formation artistique (École Duperré et École des Beaux Arts de Barcelone) pour ensuite continuer son chemin à Bab-El-Oued et au Congo-Brazzaville. Aujourd’hui, Kader Attia évolue à Berlin, ou il a installé son atelier. Dessins, sculptures, photographies, vidéos ou encore installations, son œuvre est aussi plurielle que les thèmes qui s’y déploient. Il pose un regard politique sur la société de consommation, l’histoire collective, les crises identitaires, le traitement des minorités. Il  donne la parole en image aux exclus de la société, forçant ainsi le spectateur à repenser les normes admises de définition de l’autre. Au-delà de la forte dimension éthique de son œuvre, révéler les ou l’invisible(s) apparaît comme l’une des préoccupations principales de l’artiste.

Sensible aux nombreuses évolutions qui parcourent le monde arabe, Kader Attia interroge dans plusieurs de ses œuvres des thématiques telles que le déracinement ou la décolonisation. L’artiste ayant grandi en banlieue puise dans son expérience. Son rapport au monde se démarque sensiblement d’autres approches, lui permettant d’explorer et confronter la notion d’identité dans toute sa complexité. Symboles religieux, immigration, bouleversements politiques, difficulté à vivre en situation de double culture : l’artiste tente d’apporter sa réflexion face à des enjeux qui font l’actualité ou qui l’ont touché plus personnellement.

Landing Strip (2000) est l’un de ses travaux les plus porteurs. L’œuvre consiste en une série de photographies de travestis algériens exilés à Paris suite à la situation politique en Algérie dans les années 90, puis condamnés à la prostitution. A la fois en danger dans leur pays d’origine, ils sont également marginalisés dans la société française, oubliés et délaissés dans une précarité extrême. Kader Attia convoque l’œil de l’artiste pour révéler une réalité sociale négligée.

Toujours dans cette ambivalence entre visible et invisible, Kader Attia nous propose en 2007 une installation nommée Ghost, dans laquelle une marée de corps en aluminium alignés se succèdent en position de prière. Les moulages tous identiques représentent des femmes musulmanes, drapées dans leur voile dont on devine les formes. L’espace est accaparé par ces masses imposantes, mais surtout par la force qu’elles projettent entre les quatre murs blancs de la salle. Le choix du matériau renforce la présence presque écrasante des corps contrairement à l’intérieur des sculptures qui fait écho au vide et au néant. C’est ce que Kader Attia cherche à questionner dans son œuvre, où il tente de montrer une quête contre le vide poétique et existentiel menée par ces corps dont l’unicité s’efface.

Kader Attia se saisit également de faits d’actualité et des polémiques qui entourent l’identité musulmane. En 2005 il investit la galerie Kamel Mennour, la transformant en boutique street-wear éphémère nommée « Hallal ». A l’intérieur, on y trouve des produits – vêtements, strings, et mêmes bouteilles de whisky – qui seraient conformes à la pratique de l’islam car certifié halal, et donc « permis » par la loi islamique. L’artiste donne à voir un mode de consommation absurde, qui s’apparenterait d’avantage des comportements  marketing, qu’à une volonté de suivre des préceptes religieux.

L’opération n’est que peu appréciée par les habitant du VIème arrondissement, qui y voient une provocation et une invasion islamique. Certains musulmans s’offusquent quant à eux devant le détournement de symboles religieux. Une pétition sera lancée pour faire disparaître cette installation, et ce logo qui dérange tant…

L’ouverture de la Colonie clôture donc son premier cycle de conférences, performances, ateliers « Theory Now, Réengager la pensée » dans une ambiance enjouée ainsi que son talk engagé au service des réfugiés à Paris, avec les étudiants en architecture du studio « Construire l’action ». Consacré au traitement politique de Calais et à la condition des réfugiés en France, il s’agit de mobiliser les ressources de l’hospitalité mais aussi de penser le projet urbain.

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http://kaderattia.de/

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