Arab et Tarzan Nasser

En Juin dernier les frères Nasser foulaient le tapis rouge de Cannes pour présenter leur premier long-métrage. Le travail cinématographique de ce duo intriguant nous offre à examiner des ballons, des tanks, du sang, des femmes, des amoureux, des familles mafieuses… Une vision intimiste du quotidien à Gaza et des conflits vécus de l’intérieur.

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© Mathieu Zazzo

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Les frères jumeaux Tarzan et Arab – de leurs vrais noms Ahmed et Mohamed Nasser –  sont nés à Gaza en 1988. La bande de Gaza est un territoire palestinien dirigé par les islamistes du Hamas et assiégé par Israël, qui y lance régulièrement des raids. Les deux jeunes réalisateurs en herbe y grandissent avec la guerre comme décor et le cinéma comme rêve. Leur ville étant coupé du monde, ils le sont tout autant du cinéma qu’ils découvrent après l’achat d’un téléviseur noir et blanc. Dès lors, ils visionnent avec enthousiasme toute la cinématographie égyptienne et les westerns américains. 

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« Nous pensons que nous avons cette chose très importante qu’est l’art, qui nous donne la liberté de parler encore et encore de ce que l’on pense à propos de tout. Et en même temps on pense qu’on a quelque chose à dire, et que nous nous devons de parler. Maintenant, avoir un gros ou un petit budget, de bonnes ou de moyennes caméras, ça ne compte pas pour nous. Finalement ce que tu veux dire c’est le plus important. »

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L’art cinématographique devient pour eux une manière habile de traiter des conflits avec lesquels ils doivent vivre. Ainsi leur premier projet, Gazawood, propose une lecture satirique de l’horreur causée par les offensives israéliennes, à travers la publication de fausses affiches de film où ils se mettent en scène. En reprenant les codes esthétiques des films d’action et blockbusters américain, les frères Nasser pointent du doigt la dimension absurde de ces attaques qui n’en sont pas moins violentes que meurtrières. Ce travail est à la fois une évocation des ponts entre les cultures, et une représentation de la guerre par le prisme de l’art et de l’image.

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Autumn Clouds, 2010 © Arab et Tarzan Nasser

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« Tout est parti de l’idée naïve de recréer un contexte cinématographique disparu de Gaza. On voulait se sentir acteurs, et héros aussi. Quand on entend le nom des opérations on a l’impression d’être dans un film d’action, de science fiction. On voulait jouer avec ça et la culture de l’image. Que tout le monde interprète l’image en tant que telle, peu importe sa culture. »

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En 2010, Tarzan et Arab reçoivent le prix A.M. Qattan Foundation du jeune artiste de l’année pour l’ensemble de leur projet Gazawood, incluant leur premier court métrage Colorful Journey. Dans ce pastiche de western à la palestinienne, ils dépeignent les luttes intestines entre les différentes factions à Gaza par le jeu d’une guerre fratricide, faisant usage de leur apparence jumelle pour renforcer leur message : il y a nécessité de s’unir pour affronter l’ennemi commun. Le film est présenté à Cannes, mais Arab et Tarzan auront interdiction de quitter la bande de Gaza.

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« L’occupation par Israël est un problème, mais il en existe d’autres ! Il y a des problèmes personnels, il y a le problème du Hamas et du Fatah, il faut se confronter à ça et ne pas être réduit au tourment de l’occupation et donc oublier de se placer face aux autres enjeux. »

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En 2012, les frères Nasser co-fondent le label Made In Palestine Project en collaboration avec Rashid Abdelhamid, artiste aux multiples casquettes tantôt designer tantôt acteur. Cette initiative artistique agit en faveur de la création et promeut l’art visuel contemporain indépendant, avec une place privilégiée donnée à la Palestine.

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Condom Lead, 2014 © Arab et Tarzan Nasser

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Condom lead est leur première sortie sous le label. Pour ce court-métrage le titre est de nouveau inspiré du nom d’une offensive israélienne en 2009 : « Cast Lead ». Les deux réalisateurs nous emmènent au plus près d’un couple, dans l’intimité de leur appartement. Dehors, les bombardements se font entendre, mais dedans ce sont les corps qui parlent avec leur besoin naturel de tendresse. Le film nous rapproche de l’humain, touchant du doigt ce qu’on a tendance à oublier : les femmes et les hommes qui vivent les conflit ne cessent pas de vivre pour autant. Cependant leurs tentatives de créer un espace de douceur loin de la peur se trouvent bridées par le danger et l’angoisse qui ne peut les quitter.

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Condom Lead, 2014  © Arab et Tarzan Nasser

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« Comment fait-on l’amour quand il y a la guerre ? Que fait-on de la sensibilité de chacun pendant la guerre ? On voit souvent des images avec du sang, qui repoussent. Mais la réalité elle, n’est pas repoussante. En recréant un contexte réel, avec du son plus l’image, on propose des images qui deviennent universelles. Le monde réduit la Palestine et les gens qui y vivent à une seule image. Mais on a le droit à une vie. Ces gens ont une vie personnelle, un quotidien. Il y a des singularités, des existences personnelles. Il s’agit de ne pas oublier les histoires dans l’Histoire ». 

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Dégradé, 2016 © Arab et Tarzan Nasser

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Les deux réalisateurs se font connaître du grand public en 2016 avec la sortie de leur premier long-métrage, Dégradé. Un énergique et malicieux huit-clos dans un salon de coiffure, métaphore puissante où les 13 femmes confinées deviennent les représentantes de toute une population qui vit enfermée dans l’espace verrouillé qu’est la bande de Gaza. Au dehors c’est la guerre entre le Fattah et une famille mafieuse, c’est la tension de l’amour, c’est l’inquiétude des familles. Au dedans les personnalités s’entrechoquent et donnent naissance à des conversations fougueuses, entrecoupées de traits de rouge à lèvre et de bigoudis.

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« Il y a des milliers d’histoires à raconter, il faut parler des femmes palestiniennes d’autant plus qu’il y a des à prioris sur les femmes gazaouies alors qu’il y a une grande pluralité comme dans toute société. Dans notre travail on montre une solidarité avec le peuple, on devrait toujours se placer vers ça »

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Dégradé, 2016  © Arab et Tarzan Nasser

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Ce drame allégorique est un pas de plus vers la prise en considération des palestiniens dans toute leur diversité ainsi que leur individualité au sein des conflits. A travers ces 13 femmes, Tarzan et Arab Nasser parlent aussi de toutes les femmes et réussissent à transmettre cette universalité.

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Dégradé, 2016   © Arab et Tarzan Nasser

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En questionnant Arab Nasser à propos de ce qu’il pense de l’industrie du cinéma, dans lequel ils commencent à se faire une place, et du fait de devenir des exemples pour de jeunes artistes, on ressent l’humilité, le recul, et l’envie de continuer à se nourrir du monde pour évoluer.

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« Nous ne sommes pas des exemples mais nous faison parti de ces individus qui essaient de faire quelque chose en quoi ils croient vraiment, et qui ne savent pas encore si ils réussiront, du moins pas tout de suite. C’est toujours ce que j’essaie de dire à propos de ce qui est important pour l’artiste en général : nous devons rester humbles dans une large mesure, dans le but d’évoluer. Ainsi nous pourrons nous développer, car ce n’est pas facile de créer de l’art. »

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L’oeuvre cinématographique d’Arab et Tarzan Nasser est une fenêtre intime et sincère ouverte sur le monde depuis la ville de Gaza. Les deux réalisateurs palestiniens se sont donnés comme mission de parler de leur pays et des gens qui y vivent en propageant un discours critique teinté d’un puissant sentiment d’espoir pour la paix.

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Valentine Touzet

Etudiante en Design, Art et Médias

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Crédit photo : Frédéric Stucin

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