Abdellah Taïa

Lauréat du prix de Flore en 2010, Abdellah Taïa a su mettre son écriture au service de causes qui lui semblaient justes. Il est reconnu comme l’un des premiers auteurs de la littérature maghrébine à avoir affirmé publiquement son homosexualité et ainsi lever le voile sur une question difficile à aborder. 

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Untitled, 2008 © David Adika

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C’est dans la ville de Salé au Maroc qu’ Abdellah Taïa a grandi et se découvrira peu à peu un goût pour la littérature.  Issu d’un milieu modeste, où l’accès à l’instruction restait difficile,  il parviendra à nourrir cette passion pour en faire le support principal de ses combats personnels. Si il ne semblait pas prédestiné à une carrière d’écrivain, sa sensibilité et son désir de raconter son quotidien l’emmèneront pourtant vers l’écriture.

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« Je n’ai jamais eu de rêve d’écriture. Le fait de grandir dans un milieu populaire au Maroc fait qu’il n’y avait pas l’idée de Littérature. En revanche, le sens profond de l’écriture existe partout, ce n’est pas une qualité réservée aux personnes instruites. Ma mère était analphabète mais elle savait raconter des histoires, alors quand j’écris je n’ai pas envie de me déconnecter de ce sens profond de l’écriture pour tous »

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Dès lors se développe en lui un rapport tout particulier à la culture, qui ne doit jamais s’apparenter à un support d’exclusion mais au contraire favoriser l’assimilation. C’est dans cette démarche qu’en 2009, il dirige l’ouvrage collectif Lettre à un jeune marocain qui se veut être une main tendue vers une jeunesse abandonnée des pouvoirs politiques. Plus de 100 000 exemplaires du livre seront distribués gratuitement, en langue française et arabe.

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Lettre à un jeune marocain, 2009, Édition Seuil

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« Si j’avais un rôle en tant qu’écrivain, c’est de valoriser les existences ordinaires des gens rejetés par le pouvoir. L’écriture doit aller vers le cœur de celui qui est le plus rejeté de tous… Une grande partie de la jeunesse ne se sent pas valorisée par le gouvernement : au Maroc il n’y a pas de projet culturel favorisant l’émancipation pour les classes pauvres et cela creuse encore plus les inégalités sociales »

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En 2010, après la publication de plusieurs romans – Mon Maroc, L’Armée du Salut, Une Mélancolie Arabe – dans lesquels il revient sur sa jeunesse et la réalité sociale de son pays natal, l’auteur reçoit le prix de Flore pour son roman Le jour du Roi.

Abdellah Taïa est l’un des rares écrivains maghrébins à avoir évoqué librement, dans ses œuvres mais également dans les médias, son homosexualité. Un choix courageux du fait de la pénalisation de l’homosexualité par la justice marocaine et des diverses violences subies par les homosexuels.

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« Je suis convaincu qu’au Maroc il y a beaucoup d’homosexuels qui se cachent et ce n’est pas de leur faute. Cependant, le débat autour de l’homosexualité existe au Maroc, des associations se créent et les journalistes font un travail incroyable à ce sujet. En revanche, il y a une non réponse du pouvoir qui ferme les yeux face aux violences. Il faut que d’autres intellectuels assument leur homosexualité. Cela pourrait aider à changer le regard de la société, mais cela reste une décision extrêmement personnelle »

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La force des récits d’Abdellah Taïa est qu’ils ne s’apparentent jamais à un règlement de comptes envers les valeurs traditionnelles musulmanes. Son écriture, qui laisse tout voir jusqu’au plus intime, obéit seulement à une volonté de raconter avec sincérité la découverte de son orientation sexuelle.

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L’armée du Salut (2006)

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Abdellah Taïa nous présente, dans un récit à la première personne, ses mémoires d’enfance dans sa maison de Hay Salam.

L’auteur nous dévoile son intimité de son voyage initiatique à Tanger jusqu’à son arrivée Genève, où la solitude le gagnera. Doté d’une écriture à la fois sensible et emplie de véracité, il reproduit l’itinéraire de son enfance : on entrevoit à travers sa plume la figure d’un père autoritaire et d’un grand frère Abdelkébir, à qui il voue un véritable culte. Ses récits s’inscrivent comme une sorte d’échappatoire, dans un environnement où la découverte de l’homosexualité est réprimée.

Abdellah Taïa ne cesse de jouer sur les interdits, aussi bien sur le plan familial que moral, à travers une écriture crue qui ne se soucie guère de la censure. En 2012, il décide d’adapter son roman au cinéma, film qui sera présenté à la Mostra de Venise.

                                                                                         Mathieu Le Bihan pour HAWA

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Myriam Taider

Etudiante en Lettres Modernes

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