Shadi Ghadirian

Marquée par la guerre contre l’Irak dans les années 80, Shadi Ghadirian choisit de lutter contre l’obscurantisme religieux qui gangrène le pays. En brandissant l’objectif de son appareil photo, elle nous propose une vision intimiste du quotidien des femmes en Iran.

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Ghajar, 1998 – 1999 © Shadi Ghadirian

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Née en 1974 à Téhéran, Shadi Gadirian a grandi dans l’Iran postrévolutionnaire. Après l’obtention d’un diplôme de photographie à l’Université Azad de Téhéran, elle entreprend d’exposer son travail et se fait un nom sur la scène internationale dès le début des années 2000.

Malgré sa réussite à l’étranger, celle-ci choisit de rester vivre et travailler dans son pays d’origine où elle poursuit ses recherches photographiques. C’est ici, qu’elle souhaite mener à bien son combat politico-social, faisant de ses œuvres son outil de discours.

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Ghajar, 1998 – 1999 © Shadi Ghadirian

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Dans une volonté de créer un travail à la fois esthétique et engagé, Shadi Ghadirian s’arme d’humour et joue de paradoxes pour briser les limites qu’on lui impose. Au centre de son œuvre : la condition de la femme dans son pays. Rapidement, cette thématique provoque l’indignation de la Gashte Ershad, police iranienne des mœurs mise en place par le gouvernement islamique. La photographe intègre alors le cercle particulier de ces artistes qui doivent user de stratégie et discrétion pour mener à bien leurs travaux.

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Ghajar, 1998 – 1999 © Shadi Ghadirian

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C’est dans sa première série « Ghadjar » (1998-1999), que l’artiste nous emporte dans un univers d’extravagance. Dans le but de dévoiler l’aspect subversif de certains objets de la vie courante, l’artiste fait poser des femmes iraniennes en tenues traditionnelles arborant fièrement instruments de musique et canettes de bières. Un cocktail audacieux, dont l’anachronisme fait cohabiter deux idées antagoniques de la femme : traditionnelle d’un côté, moderne et indépendante de l’autre. La dimension proscrite de certains accessoires ne fait qu’accentuer cette confrontation idéologique comparable à une schizophrénie sociale.

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Like Every Day, 2000 © Shadi Gadirian

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Dans son deuxième travail « Like Every Day » (2001-2002), la photographe décide dans une série colorée, de photographier des femmes drapées dans des voiles non pas noirs comme le veut la tradition Iranienne, mais vifs et ornés de motifs. Leur visage est subtilement remplacé par des objets domestiques quelconques : tasse de café, balai, gant en caoutchouc… Shadi Ghadirian confronte avec dérision la femme iranienne ancrée dans son quotidien à une philosophie dite de la ‘femme d’intérieur’, sans visage, invisible. Dans plusieurs de ses séries la photographe établit une alliance entre la femme et l’accessoire.

A travers cette série, l’artiste nous questionnons l’identité féminine, où sphère privée et sphère publique s’entrelacent pour modeler une image de la femme en proie aux exigences qui l’écrasent. Audacieuse et novatrice, Shadi Ghadirian nous murmure la difficulté d’être une artiste et une femme en Iran. Derrière chaque combinaison d’humour et de dérision se cache le combat de cette jeune photographe, qui aime jouer avec les limites pour mieux les dénoncer.

 

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West by East, 2003 – 2004 © Shadi Ghadirian

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Un peu plus tard, dans « West by East » (2003-2004), c’est avec finesse que l’artiste dénonce le système de censure en Iran. Présentées comme des illustrations de mode de magazines occidentaux, le corps de la femme iranienne est couvert au feutre. L’artiste reproduit l’acte littéral d’effacement et de censure, pour le transformer ironiquement en acte artistique. Ainsi, elle démasque les mécanismes de cette pratique courante dans les pays du Golfe pour mieux les renverser. West by East est une façon parodique de dénoncer les limites de l’interdit en confrontant directement la femme Iranienne à la bulle qui l’oppresse et l’efface.

Shadi Ghadirian dans une esthétique antithétique défie le temps et les tabous. Elle défie sa propre image et celle donnée par son pays et détourne avec humour deux schémas impossibles à superposer. On retrouve dans cette photographie nourrie et façonnée par une expérience personnelle la complexité de la vie féminine et artistique en Iran.

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shadighadirian.com 

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Khedija Dhaoui

Étudiante en Lettres Modernes

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